La Formation Balint


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"La Formation Balint"  (Dr Jean-François COUDREUSE)   

est suivie de 

"La Formation Balint dans les études médicales" (Pr. Bernard GAY)  

 

 

 

LA FORMATION BALINT

                                                     Dr Jean-François COUDREUSE  

                                               La Rochelle       

 

            J'ai délibérément choisi de m'adresser en priorité à ceux d'entre vous qui viennent découvrir ce qu'est la formation BALINT.

            Michaël BALINT (1896-1970) était médecin psychiatre et psychanalyste en Hongrie puis il  créa les premiers groupes qui portent son nom à Londres dans les années 1950.

            En préparant ce travail à vous transmettre aujourd'hui, je me suis posé les questions suivantes :

            - Pourquoi BALINT s'est-il intéressé aux médecins ?

            - Pourquoi s'est-il intéressé à leur formation psychologique ?

            - Pourquoi les médecins, puis les soignants c'est-à-dire tous les professionnels ayant des responsabilités thérapeutiques se sont-ils intéressés à BALINT ? au point pour la plupart de payer pour réfléchir et chercher au sein d'un groupe.

            - Pourquoi BALINT et les soignants ont choisi une formation en groupe ? et quelles sont donc les spécificités de ce "groupe BALINT"  ?

            BALINT est fils de médecin généraliste et, adolescent, il accompagne son père dans ses visites à domicile. Ce père, déçu de ne pas être spécialiste est décrit comme compétent, mais rigide et son fils est déçu que les médecins, son père et les autres, ne fassent pas tout leur possible pour guérir leurs malades.

            Comme l'écrit Michelle MOREAU-RICAUD dans une passionnante Biographie de BALINT : vers 1925, dans la maison de sa belle famille, s'est créée une polyclinique où étaient donnés des cours de psychologie aux médecins ; un séminaire a par exemple pour thème : "la psychothérapie et son utilisation possible par les médecins praticiens".

             Et en 1930, BALINT publie : "Crise de la pratique médicale" ; mais il se rend compte que l'enseignement de la psychologie médicale et de la psychanalyse sont inefficaces à ce que quelque chose change dans l'exercice professionnel, il a alors l'idée de soumettre ses théories à l'épreuve de la pratique : "Je décidais donc de réunir quelques médecins généralistes pour l'étude des possibilités psychothérapiques dans leur pratique quotidienne" (à lire dans : genèse de mes idées).

            Ce n'est que beaucoup plus tard en 1949 à la TAVISTOCK  CLINIQUE de Londres qu'il crée le premier groupe qui porte son nom et qu'il motive comme : "l'implication psychologique dans la pratique médicale". Ce travail d'écoute des cas cliniques des médecins est pour BALINT un continuel travail de recherche, et sera l'objet de son premier livre : "Le médecin, son malade et la maladie" que plus tard d'ailleurs, il aurait préféré intituler : "Le médecin, le malade et leurs maladies", pour suggérer celles du patient... et du médecin.

            Ce travail d'études de cas fonctionnait déjà avec Enid BALINT son épouse, dans un centre de psychiatrie sociale rassemblant des travailleurs sociaux ayant en charge des familles souffrantes. Cette précision me paraît intéressante pour montrer déjà l'importance de ce regard de BALINT non seulement sur la maladie mais aussi sur le patient souffrant, et prenant également en compte son environnement familial et social.

            Constat donc de l'échec de l'enseignement de la psychologie médicale voire de la psychothérapie, car il s'agira, comme l'écrit BALINT, de passer d'une "compréhension intellectuelle à une compréhension émotionnelle des patients" ; par ailleurs, la référence est permanente à la clinique, c'est-à-dire à l'étude de cas, où chaque histoire relationnelle entre un patient et son médecin (ou son soignant) sera l'objet du travail en groupe BALINT ; ainsi donc, pas de recette, pas de théorie  généralisatrice car alors réductrice.

            Afin de comprendre ce qu'est la formation BALINT, abordons quelques questions professionnelles à l'origine de ce besoin de formation :

            De quoi nous parlent nos patients ? Pourquoi nous consultent ils ? Comment réagissons nous aux demandes de nos patients ? Pourquoi souffrons-nous de certains de nos patients et pourquoi même sans souffrance, ressentons-nous le besoin de redonner du sens à notre exercice professionnel comme s'il y avait parfois quelque chose d'inadéquat ?

            C'est en effet, entre l'attente du patient et celle du médecin, du soignant, que se jouent la qualité de la relation et la nature du soin. Les contresens voire les non-sens viendraient de ce que les attentes des soignants et des patients ne sont pas souvent les mêmes

            Nos patients consultent pour un symptôme mais ne savent pas forcément de quoi ils se plaignent, je veux dire de quoi il souffrent... et nous non plus, nous ne le savons pas.

            - "Je ne peux plus marcher, dit il en marchant".

            - "Je souffre d'un mari migraineux" dit-elle.

            - "On a fait tous les examens et on a rien trouvé, alors qu'est-ce que j'ai ?

            - "Je suis guéri, n'est-ce pas puisque je n'ai plus mal".

            - "Je me sens plus mal depuis que vous me soignez".

            La procédure habituelle consiste à demander aux patients de décrire leurs symptômes, leurs plaintes puis de répondre à nos questions. Ce système questions/réponses est hélas réducteur car comme l'écrivait BALINT : "si on pose des questions, on obtiendra des réponses mais guère plus".

            De plus, il n’a y a pas toujours de maladie à proprement parler et parfois la maladie ne suffit pas à expliquer tous les signes. Le traitement bien conduit peut être inefficace voire aggravant. Et si l'on dit des plaintes qu'elles sont fonctionnelles, c'est bien qu'elles ont une fonction car sinon comment seront abordés les problèmes émotionnels, les désespoirs, les précarités, les ambivalences devant la maladie ou sa guérison,  les fatigués de vivre ou les peurs de mourir, lesquels ne sachant pas comment se dire ou n'étant pas accueillis à se dire, à être écoutées, viennent se montrer aux soignants, en plus ou en place de la maladie. Et puis se plaindre d'une souffrance ne signifie pas forcément que l'on veuille s'en débarrasser. Comme l'écrit Pascal dans : "mes prières pour le bon usage des maladies : "la maladie a en même temps la fonction de punition et de rédemption".

            Fiabilité de la parole du patient ? Est-ce que nous croyons nos patients, surtout si leurs plaintes n'entrent dans aucune case apprise ?

            Et comment réagissons-nous au diagnostic fait par notre patient, à ses demandes inadéquates par exemple, d'un massage par une orthophoniste, de surtout ne pas être touché par son médecin généraliste ou  d'une parole exclusive avec son kinésithérapeute, nous faisant penser qu'il s'est trompé d'adresse?

            Ce patient qui au lieu de se comporter en bon objet de notre savoir, de notre compétence, ne nous permet pas d'être dans un exercice exclusif : soignant/maladie, sujet/objet ; le patient ne nous permet pas cette médecine reposante à une seule personne (celle du soignant) ; car voilà que ce malade-objet est aussi un sujet-malade ; voilà que ce patient porteur d'une maladie ou d'un symptôme, entend participer aux soins avec ce soignant là et pas un autre, et même si pendant longtemps il est déçu de  ne pas recevoir d'écho à ce qu'il attend. Le patient ne sait pas toujours de quoi il se plaint... et nous non plus. Nous ne savons pas s'il questionne sur l'arbre ou sur la forêt, comme l'écrit René GELLY. Voilà la plainte, mais quelle est la souffrance ? J'ai mal ou, je suis mal ?

            Un des éléments de la formation BALINT sera de découvrir, de ressentir que nous ne soignons pas des maladies mais des personnes ; que nous soignons l'homme dans son histoire, que nous soignons l'histoire de sa maladie et les maladies de son histoire évoquant le livre de BALINT  : "Le défaut fondamental".

            Soit dit autrement : la maladie c'est le malade moins l'homme.

            Il va bien s'agir de quitter la situation régressive où le soignant espérerait pouvoir exercer son art en solitaire, auprès d'un patient qui serait là pour guérir selon nos critères appris ; seul avec un malade régressé, inquiet ; seul même souvent avec une maladie, traitée, bien sûr avec compétence, mais comme le dit Guite GUERIN "sans le traiter humainement" ; BALINT doute d'ailleurs que l'on puisse traiter avec compétence la maladie si on ne traite pas le malade en être humain. Dans "l'ordre médical", CLAVREUL  l'exprime sévèrement : "on ne peut sauver à la fois le discours médical et le discours du patient".

            Comme nous n'avons appris dans nos Etudes, qu'à traiter des maladies et comme certains patients nous laissent angoissés, mal à l'aise, nous nous sentons alors investis d'une mission qui nous protège comme un bouclier et que BALINT appelle la fonction apostolique : "chaque médecin a une idée vague mais inébranlable du comportement que devrait adopter le patient" ; car nos convictions, nos certitudes renforcées par le savoir appris, nous ont convaincus que le bon malade est celui qui sait entrer dans les normes du bon soignant... seul compétent à  savoir ce qui est bon pour le malade et l'énergie du soignant va être alors de convertir le malade à sa foi, d'où le terme d'apostolique.

            La formation BALINT va nous aider progressivement et  lentement, à prendre conscience de nos projections, non pas qu'il nous faille gommer ce que nous ressentons mais parce que, pour apaiser une émotion, il vaut mieux  la reconnaître plutôt  que d'essayer de la nier... sinon le patient restera  "celui qui souffre de celui qui le soigne".

            Une autre modalité de résistance chez le médecin est de s'en tenir strictement au diagnostic, dans le très complet catalogue des diagnostics toujours centrés sur la maladie ; mais il n'y a pas toujours à proprement parler de maladie ; KANT : "dans essai sur les maladies de la tête" écrit : "A t-on bien soigné le patient lorsque l'on a nommé la maladie" ? parce que, dit il : Voyez-vous, "La maladie parle pour moi". BALINT dans son livre "Le médecin, le malade et sa maladie" écrit d'abord : "le problème essentiel du malade est de savoir quelle est sa maladie, mais plus tard cela devient de savoir ce qui le fait souffrir et lui fait peur.

            On peut avoir une idée de ce qui ne va pas sans que cela soit un diagnostic répertorié  et une pathologie peut exister ou disparaître selon les valeurs culturelles.

            Comme remède à ce diagnostic trop réducteur, BALINT propose un "overall-diagnosis" c'est-à-dire un diagnostic global ou approfondi ou plutôt un diagnostic élargi. Les anglo-saxons ont trois mots pour maladie : disease, sickness et illness, envisageant les trois aspects de la maladie au sens scientifique, au sens social, et au sens du ressenti du patient.

            Le mot diagnostic vient du grec : qui veut dire connaissance à travers : au travers de l'histoire du patient, de sa demande, et à travers nous, soignants ; le diagnostic devient alors élargi au diagnostic d'une personne :  le patient, par une autre personne : le soignant.

            La formation par les groupes BALINT peut nous apprendre que les patients recherchent quelqu'un à qui parler et donc quelqu'un qui les écoute. La formation BALINT nous interroge sur ce que ce patient là attend de ce soignant là et nous suggère que c'est le soignant qui est le soin, ce que BALINT a formulé sous le terme de la drogue médecin, transposable à tous soignants : c'est la pharmacologie du remède médecin  : "La médecine objective avait négligé le fait que le médicament le plus couramment utilisé par le malade est le médecin lui-même, reste à en déterminer la dose (à quelle posologie, le soignant doit prescrire sa propre personne ?), les risques d'effets secondaires", en  référence à la fonction apostolique, à nos projections, nos certitudes ou nos à  priori. Il s'agit de se rendre le plus consommable possible et d'écouter le patient pour ne pas le devancer : Est-ce que j'entends ce qu'il me dit ? Comme l'écrit François BAUMANN, nous avons deux oreilles et une bouche pour écouter deux fois et ne parler qu'une ; écouter, se taire peut aussi permettre d'être entendu, d'autant que, comme l'écrit BALINT : "Le malade se montre capable de comprendre nos explications mais que cela n'a aucun effet sur son comportement", car hélas, il ne suffit pas d'avoir raison, au risque de constater dépressivement : "il n'y a rien à faire avec ce malade, il ne m'écoute pas".

            Ecouter, c'est admettre une médecine à deux personnes. Oui vraiment, c'est cela : pour soigner, il faut être deux, le patient et le soignant ; pour espérer une écoute réciproque dans cette atmosphère de la relation que BALINT nomme : "la compagnie d'investissement mutuel", et que Jacques NORELL définit modestement comme : "L'aveugle conduisant l'aveugle".

            Ecouter, c'est aussi peu à peu repérer ce que l'on écoute de soi-même ; formulé par Norbert BENSAID, cela devient : "à vue de nez, on ne voit que ce que l'on pense". Le risque sinon étant d'agir pour notre malade, mais sans lui.

            L'hebdomadaire de cinéma Télérama du 30 juin 1999 dans son long article sur "le malade est une personne" donne quelques extraits des demandes de patients : Je les cite : "Je voudrais que les médecins nous écoutent. Cela ne veut pas dire leur raconter notre vie pendant trois heures, c'est pas ça. Mais pour qu'ils fassent un diagnostic sûr, enfin à peu près sûr, il faut bien prendre un peu de temps, prendre le temps d'écouter".

             Il y a notre angoisse et l'angoisse éventuelle du médecin qu'il va nous montrer et qui n'est pas rassurante". Ce que BALINT écrit en disant : "Le malade me fait mal là où je suis déjà blessé

            "Je considère qu'un médecin généraliste, quand on va le voir, devrait se dire : je sais que mon patient en face de moi sait des choses que je ne sais pas et dont il faut que je tienne compte".

            Dans une très intéressante thèse de médecine à propos des "prescriptions répétées", Nathalie LESPLINGARD écrivait : "Les besoins du patient d'être compris et aidé, opposé au fonctionnement du médecin centré sur la maladie expliqueraient les prescriptions répétées, toujours les mêmes pendant des années !

            Il me reste à vous parler de la FORMATION BALINT proprement dite c'est-à-dire de la méthode de travail avec les soignants en groupe qui depuis de nombreuses années est pluridisciplinaire, concernant tous les soignants ayant des responsabilités thérapeutiques.

            Il m'est un peu difficile de vous transmettre ce qu'est cette formation BALINT puisque justement nous avons essayé de dire que la formation à la relation ne s'enseigne pas et que l'objectif est justement de la pratiquer pendant plusieurs années pour en savoir quelque chose, que dis-je, pour en ressentir quelque chose pour que  dans "ce changement limité bien que considérable de notre personnalité professionnelle", nous passions d'une compréhension intellectuelle à une compréhension émotionnelle des situations relationnelles

            Que fait-on quand on dit que l'on fait du BALINT ? Que se passe t-il dans un groupe BALINT ?

            Une à deux fois par mois, dix à quinze soignants en groupe mono ou pluridisciplinaire se réunissent autour d'un animateur psychanalyste et accrédité par la Société BALINT, et, pendant deux heures, un ou deux cas vont être rapportés par un ou deux participants. Cas vécus, sans dossier, ni notes permettant d' exprimer les malaises, gênes, blocages,  interrogations de la relation de ce soignant là avec ce patient là. Après le rapport du cas, la libre expression  de chacun tentera de clarifier le problème posé par une multitude de questions, d'associations libres, d'hypothèses,  sans jugement de valeur ; progressivement on remplacera : "il faudrait que tu"...  par : "tu pourrais" ; pas de recette, peu d'interprétations ; il s'agit d'enrichir l'angle de vue du rapporteur, limité par son implication affective, son contre-investissement, c'est-à-dire, sa fonction apostolique mais sans que soit abordé le pourquoi de ses blocages ; il s'agit bien de parler de soi en tant que professionnel, le leader animateur du groupe étant garant des non-intrusions personnelles. Le groupe BALINT n'est donc pas une psychothérapie ni une analyse groupale. Le leader est également garant du référentiel analytique c'est-à-dire de la référence à la psychologie de l'inconscient, nous amenant, dans la relation soignante, à la reconnaissance de la subjectivité tant du soigné que du soignant.

            Plusieurs années de groupe BALINT, car il faut pas mal de temps pour changer un peu, offrent progressivement de nouvelles perspectives, de nouvelles hypothèses à expérimenter, éventuellement retransmises au groupe dans ce que l'on appelle "les suites de cas".

            Ausculter vient du latin "auscultare" qui signifie : écouter. Il s'agit bien de cela dans le groupe BALINT comme dans notre relation au patient. Apprendre à écouter, c'est aussi beaucoup : apprendre à  s'écouter soi-même, apprendre à mieux percevoir ce que l'on induit chez l'autre et ce que l'autre induit en soi dans les situations professionnelles, afin de mieux se reconnaître en tant que médicament ; comprendre peu à peu ce que l'on a éprouvé, pour espérer approcher l'éprouvé de l'autre. Progressivement, la formation BALINT apporte une meilleure connaissance "sensible" du psychisme humain. Un peu plus d'écoute, apprendre à se taire pour espérer être entendu ; ce véritable travail de recherche, de création spécifique et confidentiel du groupe, va aider chacun des soignants à trouver de nouvelles manières, bien à lui, de prendre en considération son malade, ce que tout à l'heure nous avons appelé le diagnostic global.

            La formation BALINT nous fait vivre que le soin trouve son creuset dans une relation à deux  puisque le soignant, lui aussi est un être humain, avec sa compétence technique et avec ses émotions.

            Repérer notre fonction apostolique responsable d'une bonne part de notre souffrance de soignant et s'ouvrir au diagnostic élargi par l'écoute afin de donner ou de redonner du sens à notre travail,            parce que le malade est mieux traité si son soignant est en bonne santé ; découvrir progressivement quel rôle nous jouons dans notre relation au patient, quel rôle nous jouons dans sa relation à sa maladie,  et quelles sont les conséquences de la façon dont nous tenons ce rôle, puisque notre savoir ne peut espérer être efficace qu'au travers d'une  relation.

            Pourra t-on alors comme l'espérait BALINT faire se rencontrer la pratique médicale et la psychanalyse ?

 

Dr Jean-François COUDREUSE

La Rochelle

 


La Formation Balint dans les études médicales

 

Professeur Bernard GAY

Professeur associé de médecine générale

Université Victor Ségalen Bordeaux 2

 

Les études médicales sont essentiellement orientées en France sur l’acquisition de connaissances scientifiques. Elles n’assurent que partiellement un enseignement des aptitudes pratiques et encore moins des aptitudes relationnelles. Cette situation est paradoxale dans un système de soins qui sollicite du médecin une compétence professionnelle dans le registre biopsychosocial. Les évolutions actuelles permettent de confronter davantage les étudiants aux réalités de leur futur exercice mais ne comportent pas de formation spécifique aux interactions individuelles. Par exemple, dans le stage de 6 mois en médecine générale du 3ème cycle, le futur médecin est confronté à différentes situations cliniques qu’il est amené à gérer de façon progressivement autonome. Il bénéficie de la supervision de son maître de stage qui lui permet d’analyser et d’améliorer sa performance. Pour autant, il n’a que rarement l’occasion d’exprimer les difficultés qu’il a rencontrées dans la relation patient et c’est toujours de manière non structurée.

Dans l’approche centrée sur le patient telle qu’elle a été décrite par Steward, Belle Brown et Weston (1), les composantes psychoaffectives représentent un élément essentiel de la démarche clinique. Au même titre que les éléments séméiologiques, les facteurs relationnels interviennent largement dans la décision. Et pourtant, ils sont peu  enseignés ... sans doute parce que cette approche ne se prête pas à une pédagogie magistrale !

Les groupes Balint représentent donc une possibilité de formation qui permet d’intégrer la dimension relationnelle dans le processus de soins. Les difficultés rencontrées, dans la prise en charge des maladies chroniques telles que le diabète ou l’hypertension artérielle, laissent penser qu’une approche centrée sur le malade, et pas seulement sur la maladie, est incontournable. A ce titre, le thème du Congrès de Pau “ Sens, contresens et non sens ” met bien l’accent sur la nécessité de prendre en compte la représentation que le patient se fait de la maladie.

Certains objecteront que les étudiants n’ont pas d’expérience professionnelle à discuter. En fait, leurs stages et leurs premiers remplacements leur permettent de rencontrer les patients dans leur cadre de vie et c’est à ce moment là qu’ils éprouvent le plus de difficultés. La participation à un groupe Balint leur donne la possibilité de venir échanger sur leurs premières expériences et de réfléchir sur les problèmes ressentis.

Dans cette perspective, pourquoi la formation Balint est-elle si peu répandue dans les études médicales ? La prééminence du modèle biomédical dans les Universités françaises est sans doute responsable de cet état de fait. L’introduction d’un modèle global, biopsychosocial (2) permettrait d’élargir le champ de la compétence vers le domaine des sciences humaines dans lequel la formation Balint aurait toute sa place. Il faut espérer que la réforme des études médicales en projet intégrera cette dimension dans la volonté affirmée de contenir la dérive technicienne de la médecine moderne.

Pr Bernard GAY

Paris       

 

Steward M, Belle Brown J, Weston WW, Mc Whinney IR, Mc WilliamCL, Freeman TR. Patient-centered medicine. USA ; Sage Publications 1995.

Engel GL. The Biopsychosocial model and medical education. N. Engl. J Med. 1982 ;306 :802-5.

 

 

 

Dernière mise à jour : mardi 24 avril 2007